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mercredi 3 octobre 2012

Les enfants de minuit

Pendant des années, j'ai feuilleté des livres de Salman Rushdie dans les librairies, attirée par le nom exotique de cet auteur indien, par des éditions parfois magnifiques, des titres attirants. Mais je n'avais jamais osé. Jusqu'à maintenant. Je ne sais pas pourquoi je me suis toujours sentie toute petite à côté des livres de cet auteur dont je n'avais jamais rien lu et très peu entendu parler. On m'a récemment recommandé "Les enfants de minuit", et je me suis jetée à l'eau. Cet énorme pavé est une sorte de tourbillon dont il m'a été difficile de sortir. L'histoire, le style, le mode narratif, tout est une sorte de gros ouragan de mots, d'évènements qui m'ont laissée le souffle court. L'écriture est d'une qualité rare (merci au traducteur d'avoir retranscrit un tel livre avec cette finesse) et l'histoire est si complexe mais si bien amenée que cela m'a immédiatement fait penser à Proust : je me suis imaginé les brouillons de Rushdie pour ce livre, et je voyais des collages dans tous les sens, des bouts rajoutés, des rappels accrochés partout... comme Proust lors de l'élaboration de La Recherche Du Temps Perdu.
Le 15 août 1947, l'indépendance de l'Inde a été proclamée, et ce fut une nouvelle naissance pour ce gigantesque pays. Des enfants sont nés en même temps que l'Inde indépendante, à minuit ce 15 août, et sont tous dotés de pouvoirs magiques très divers, qu'on n'imaginerait même pas dans nos rêves les plus fous. Saleem Sinai, le héros de cette épopée, est l'un des enfants de minuit, celui qui fut reconnu par l'Etat comme L'Enfant : il est né exactement à minuit et son destin sera lié pour toujours à celui de son pays. On entre ainsi dans la vie d'une famille indienne musulmane aisée, remontant à deux générations au-dessus de Saleem pour bien comprendre les tenants et aboutissants de sa personnalité, de tous les membres de sa famille, de tous les évènements qui leur arrivent. On pourrait penser qu'on s'y perd, mais pas du tout : Salman Rushdie parvient à nous rappeler la succession des évènements qui nous a amenés à tel moment de l'histoire : en quelques phrases, quelques pages, il nous retrace la chronologie d'une main de maitre. Ce n'est jamais ennuyeux, au contraire il le raconte toujours différemment et on est toujours content de se rappeler de telle chose qu'on pensait avoir oubliée ou mal comprise. Mais ce n'est pas un roman naïf : c'est un pamphlet politique virulent dans lequel l'auteur critique de façon très acerbe de nombreux aspects du pays : son gouvernement, ses fonctionnaires, la guerre avec le Pakistan... C'est Indira Gandhi qui est la principale cible de Rushdie. J'avais lu "Le Sari Rose" qui met au contraire Indira Gandhi dans une position de victime d'un système plus que de femme cruelle assoiffée de pouvoir, et du coup à la lecture des Enfants de Minuit, j'ai pu mieux comprendre l'importance des évènements historiques relatés, prendre un peu de recul aussi. C'est un livre vraiment intéressant, très bien écrit, et la façon circonvolutoire dont l'histoire est racontée m'a beaucoup plu : je pense que c'est un livre qui se lit et se vit avant tout, et je me rend compte à quel point il est difficile d'en parler. Une fresque passionnante qui a reçu le Booker Prize en 2008 : et c'est mérité amplement !
L'auteur est né en Inde en 1947, je n'ai pas pu m'empêcher, tout au long de ce roman fleuve, de me dire que petit garçon, Rushdie fantasmait sur de tels pouvoirs magiques, qu'il se disait que son destin était lié à celui de l'Inde... en un sens, sa vie est véritablement liée à son pays de naissance, bien qu'il n'y réside plus depuis longtemps. En 1989, Rusdie est condamnée à la Fatwa à cause de son livre "Les versets sataniques", jugé comme blasphématoire par le monde musulman, et l'auteur laisserait entendre qu'il ne croit plus en l'Islam dans son roman, il est donc également condamné pour apostasie. Pendant 10 ans il a vécu sous la haute protection britannique car sa tête avait été mise à prix, et même si on lui a assuré que désormais on ne tenterait pas de le tuer, on ne peut lever la Fatwa. Il est condamné à vie et ne peut plus guère retourner en Inde : en janvier il a été menacé de mort par des musulmans alors qu'il prévoyait de se rendre à Jaipur pour un salon littéraire... Son livre a été interdit dans de nombreux pays musulmans...

Avez-vous déjà lu un Salman Rushdie ?
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mercredi 26 septembre 2012

Les aventures fantastiques d'Hercule Barfuss

C'est rare d'avoir un roman avec un vrai anti-héros. Mais là franchement, Carl-Johan Vallgren y est allé fort. En plus d'être né avec un bec de lièvre qui commence sous les yeux, Hercule Barfuss est sourd, muet, sans oreilles avec une tête deux fois trop grosse, des petits moignons à la place des bras, des jambes de nain, une toison drue et noire sur le dos. Bossu, quasiment chauve avec des tâches de vin partout, le crâne bosselé...Ce "monstre" né en 1813 aurait du mourir à la naissance ou très peu après, mais sa détermination à vivre a été si forte qu'il a survécu et développé des capacités extraordinaires de langage : non seulement il fait tout avec les pieds (langage des signes, les utilise pour jouer de l'orgue, attraper des choses, ouvrir des portes...) mais il lit également dans les pensées... et peut communiquer en esprit avec n'importe qui !
Cet être incroyable a un destin extraordinaire malgré - ou grâce - à la répression ecclésiastique très forte de l'époque qui va tenter par tous les moyens de le réduire à néant car il semble être l'incarnation du diable. Plus que la soif de vivre, c'est l'amour qui va faire vivre Hercule, l'amour d'Henriette, petite fille née la même nuit que lui dans la maison close où sa mère est morte en couches. Henriette est sa raison de vivre, de se battre, d'y croire toujours.  Dans l'Europe du XIXème siècle, Hercule va vivre des aventures folles, au gré des rencontres toujours inattendues.
Un roman loufoque, très touchant, un peu trop centré sur l'obscurantisme religieux de l'époque mais très crédible... On y croit, on est emportés dans la lecture... La preuve : lu en 3 jours malgré ses 450 pages! Je le recommande parce qu'il s'agit d'un livre vraiment décalé (et je n'adore pas ça d'habitude !) D'ailleurs, je préfère le titre original : "The horrific sufferings of the mind-reading Hercule Barefoot, his wonderful love and his terrible hatred". Quoi de plus attirant comme titre ?!

L'avez-vous lu ?
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mercredi 19 septembre 2012

Rien n’est trop beau : un grand plongeon dans le New-York de 1950


Cette couverture assez simple, complètement trafiquée mais synonyme d'une époque intéressante mais que je connais trop peu m'a attirée comme un aimant. J'ai acheté ce gros pavé en craignant de ne pas avoir le temps de le lire avant mon départ, de devoir attendre l'an prochain pour le lire. Finalement, je l'ai lu en deux jours top chrono : je me levais la nuit pour le continuer. 
En lisant ce roman, j'avais l'impression de retrouver Mad Men, et ça m'a beaucoup plu. Rona Jaffe - une femme - met en scène des jeunes filles américaines dans les années 1950, secrétaires dans une grande maison d'édition new-yorkaise, qui ont toutes des rêves : un beau mariage, l'amour, la gloire, le bonheur. Elles sont ambitieuses, prêtes à tout, attachantes, déjantées, touchantes. Chaque personnage a sa personnalité propre, très bien ficelée et cohérente, et le lecteur navigue de l'une à l'autre de façon très fluide. On ne s'attarde jamais trop sur l'une ou sur l'autre ; assez cependant pour avoir le temps de connaitre chacune d'elle, d'imaginer son quotidien, de lui attacher notre sympathie. 
Rona Jaffe a écrit ce livre un peu à la suite d'un pari avec un ami producteur de Hollywood, et a pour cela interviewé un très grand nombre de ces jeunes filles qui ont débarqué à New-York des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête. Enfin, on a parlé au grand jour des doutes et des problèmes de ces filles au quotidien : celles qui ont des rapports sexuels avant le mariage, celles qui tombent enceintes, celles qui vivent dans une grande misère affective et financière, celles qui sont harcelées au travail, qui sont contraintes et humiliées en permanence si elles veulent garder leur emploi, celles qui sont divorcées, mères célibataires... toutes ces choses préoccupantes mais indicibles, des millions de jeunes américaines ont enfin pu les comprendre et les partager grâce à ces héroïnes auxquelles elles se sont identifiées. Enfin, on a porté un regard bienveillant sur la condition féminine de l'époque avec beaucoup de talent. 
En aviez-vous entendu parler ?
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jeudi 30 août 2012

L'Or Perdu de la Joie

Il y a quelques semaines, la maison d'éditions SALVATOR m'a contactée (non non, ce n'est pas pour me faire publier !) me proposant de lire un livre en avant-première : L'Or Perdu de la Joie, d'Olympia Alberti. Ne connaissant pas cette auteur qui a tout de même publié une trentaine d'ouvrages, j'ai été séduite par cette nouvelle expérience de lecture, mais aussi par le sujet du livre : un roman sur la relation qui a unis le poète Rainer Maria Rilke à la sculptrice Camille Claudel. J'avais lu Lettres à un jeune Poète de Rilke, que j'avais beaucoup aimé, et je connaissais Claudel surtout parce qu'elle était l'élève de Rodin. Mais je n'en savais pas plus sur eux, et les découvrir davantage m'a intéressée. Alors un jour, j'ai reçu les épreuves du livre qui n'avait pas encore été imprimé, où les feuilles étaient attachées par des élastiques. Quelle émotion ! Je me suis dit : "Voilà, je reçois là ce que reçoit un auteur qui va être publié". J'ai été très émue, sans grande raison. Puis j'ai reçu l'ouvrage enfin édité, plus facile à transporter partout pour le lire.
La majeure partie du livre met en place les personnages comme narrateurs : je trouve que l'auteur a pris un gros risque puisqu'on alterne entre les notes (hypothétiques) de Rilke dans son carnet, une narration des faits depuis le point de vue de Rilke ou Camille, et des lettres (également hypothétiques). Quelle gageure ! N'étant pas une experte de Rilke, je ne sais pas si on pourrait confondre ces passages d'écriture solitaire romancé avec de véritables fragments de journal de l'auteur ou non, mais la plume d'Olympia Alberti ne nous laisse pas nous poser trop longtemps la question : elle est fluide, poétique, lumineuse. Entrer dans la pensée, le langage de ces artistes intellectuels n'a pas été chose facile pour moi : à un autre moment j'aurais énormément apprécié cette bulle de poésie philosophique du début du siècle, mais alors que je me rapproche à grands pas de mon voyage, je n'ai pas l'esprit assez reposé pour apprécier les circonvolutions de cet ouvrage écrit avec talent. Ce n'était pas le moment pour moi de le lire : alors que je subis continuellement un flot de sentiments et d'émotions à cause de mon départ imminent ; je n'ai pas été assez sensible à ce qui est pour moi une intellectualisation des sentiments par les deux personnages, qui tentent de comprendre leur amour, leur vie, de mettre des mots sur tout cela, j'ai eu une impression d'incapacité à lâcher prise. Tous deux semblent avoir eu (en tout cas dans la période relatée) une vie affective à la fois très pauvre et très riche, toujours à la recherche de Sens Profond. De nombreux thèmes sont abordés : l'amour évidemment, mais également l'art, l'écriture, le dépassement de soi, la persévérance, l'aliénation et l'affranchissement au passé...
Je pense que je suis passée à côté de ce livre qui est un pari intéressant et un peu culotté (prendre la plume de Rilke, quand même !) mais réussi à mon sens. A lire lorsqu'on a l'esprit assoiffé de considérations philosophiques sur les choses essentielles de la vie.

Un petit passage sur l'amour :

"Aimer, plus encore que désirer qui n'était qu'une approche,c'était la richesse, inestimable, impossible à concevoir à ceux qui n'étaient pas traversés, à celles qui n'avaient pas abordé ces rivages d'éblouissement."
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lundi 13 août 2012

L'impossible Pardon : nouvelle merveille littéraire

J'ai refermé dimanche un livre si prenant que j'en ai lu avidement les 500 pages en quelques heures, goulûment, presque sans m'arrêter. Une plume délicieuse, un ton toujours juste, une histoire prenante... quoi demander de mieux ? Ce premier roman de Randy Susan Meyer. Lulu et Merry ont 10 et 6 ans, vivent à Brooklyn avec leur mère qui vient de mettre leur père dehors, leur interdisant formellement de lui ouvrir. Malgré cette interdiction, Lulu ouvre la porte à son père, non par défi mais par tiraillement : qui faut-il écouter, à qui faut-il faire le plus plaisir, entre cet homme et cette femme devenus parents trop jeunes qui se déchirent en permanence ? Complètement ivre et fou de colère, le père de Lulu tue sa mère et poignarde gravement sa petite soeur Merry. C'est sur cette tragédie que devront se construire ces deux enfants, l'une avec la culpabilité d'avoir ouvert à son père, l'autre avec le poids énorme : qu'avait-elle fait pour que son papa soit si fâché contre elle qu'il a tenté de la tuer ?
Quasiment sans famille, ces orphelines vont grandir à l'orphelinat, tenter de veiller l'une sur l'autre, survivre, tout faire pour s'en sortir. Pendant trente ans, on voit leur lente reconstruction, l'une en opposition complète face à ce père qui a détruit leur vie, l'autre en intégrant ce monstre à sa vie.

Le récit à la première personne alterne la narration de l'une et de l'autre, nous permettant de mieux comprendre leurs comportements de l'intérieur, saisir leurs pensées, leurs ressentis, leurs blessures. Ce roman est bouleversant de justesse : on ne tombe pas dans le pathos ni dans l'exagération, chaque mot semble pesé, réfléchi, ressenti. Il n'y a pas du tout le côté un peu voyeur qui me gêne dans certains livres qui traitent de sujets délicats, étonnamment je trouve qu'on s'identifie aux personnages (une plus que l'autre, pour ma part), bien qu'on n'ait pas vécu leur tragédie. Leur caractère est si ficelé et bien amené qu'on a l'impression de les connaitre depuis toujours, d'être l'une d'elles, d'être une troisième soeur. 
Je pense que c'est un livre qui restera longtemps en moi, j'ai été si triste de le terminer ! Je vous le recommande chaudement en tout cas ... (j'ai promis de le prêter à deux personnes déjà, mais si cela vous dit, il pourrait devenir un "livre voyageur" pendant mon absence, ça serait chouette !)

En avez-vous entendu parler ? L'avez-vous lu ?

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samedi 4 août 2012

Des livres, des livres, des livres !

Je passe un été assez particulier, déjà parce que ce sont les premières vacances que j'ai depuis un an (sauf une semaine à noël), et puis parce que la préparation me prend sinon tout mon temps, au moins toute mon énergie et ma tête. Du coup, il reste malheureusement trop peu de place pour m'enfuir dans des mondes imaginaires : c'est le premier été où je lis si peu. L'an dernier, j'ai été entièrement absorbée par la lecture de la Saga des Forsyte, de John Galsworthy : j'en parlais ici. 2500 pages de pur plaisir. 
Mais cette année, je fais un peu la fine bouche. J'ai lu "Tout ce qui brille" d'Anna Godbersen. Cela se passe en 1929 à New York. Ce premier tome était délicieux (bien que très facile, puisque c'est plutôt un roman jeunesse) mais cela m'a aéré la tête... quelques heures, puisque je l'ai dévoré. 
L'armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen, dont on m'avait vanté l'excellence, m'a déplu au plus haut point : c'est exactement tout ce que je déteste : des phrases toutes faites avec des mots dont on sent qu'ils ont été trouvés dans le dictionnaire des synonymes. Entièrement surfait à mon goût, je comprends qu'il puisse plaire mais je le classe dans le clan des Lévy-Musso-Gavalda. A la soixantième page, j'ai arrêté de me forcer, comprenant que j'avais lu 55 pages de trop. Tant pis !

J'avais très envie de lire des romans se déroulant en Inde, ou bien des romans de voyage (j'avais adoré La Fiancée de Bombay, les Fiancées du Pacifique et Une Odeur de Gingembre : je les recommande tous trois très vivement pour qui aime les voyages, la découverte d'un nouveau pays, le dépassement de soi en tant que femme... tout ça à une autre époque!) mais avec ma nouvelle liseuse électronique, je m'étais dit que je ne m'encombrerai pas et que je trouverais tous les titres que je cherchais (notamment Les enfants de Minuit de Rushdie, le tigre blanc, le seigneur de Bombay, le Dieu des petits riens, Fous de l'Inde etc.) mais bon, comme je l'ai dit ici, je suis un peu déçue du choix restreint de livres thématiques en format numérique. Du coup, vivement mon retour à Paris pour acheter ces livres qui me font vraiment envie et les dévorer avant mon départ !

Et alors ma mère, navrée de mon errance parmi les rayonnages de notre bibliothèque, m'a suggérée une auteur que je ne connaissais pas mais dont j'avais déjà vu les livres chez nous : Nancy Mitford. Couverture 10/18 un peu vieillotte comme j'aime, les pages un peu jaunies et raides renfermant cette odeur si caractéristique de papier vieilli renfermant des milliers de mots qui emportent le lecteur dans la rêverie. Je crois que ma mère n'aurait pu mieux me conseiller à cet instant précis. Nancy Mitford est une auteur anglaise (1904-1973) dont la fratrie est très célèbre : allez jeter un oeil à l'article wikipédia, ça vaut franchement le détour ! Elle a écrit plusieurs romans dont trois mettant en scène les mêmes personnages : la narratrice (qui a 13 ans au début du premier roman) est discrète et raconte la vie tantôt de sa cousine tantôt d'une amie d'enfance, avec donc un regard extérieur et bienveillant sur leurs frasques et leurs fantaisies. Le troisième roman est beaucoup plus centré sur la narratrice, dont le mari est nommé ambassadeur d'Angleterre à Paris. A travers ces trois romans dont j'adore les titres (La poursuite de l'amour, L'amour dans un climat froid, Pas un mot à l'ambassadeur) on (re)découvre les moeurs anglaises de l'entre-deux guerres, puis post-guerre, toujours teintées de touches françaises. L'auteur y a mis beaucoup d'éléments autobiographiques et concernant ses célèbres soeurs. Fanny, la narratrice, est très attachante et drôle. Elle est née des amours folles de "La Trotteuse" et d'un jeune homme riche : Fanny sera laissée aux bons soins de sa tante Emily qui l'élèvera pendant que sa mère ira batifoler aux quatre coins du monde et se mariera une bonne dizaine de fois. Les personnages sont terriblement bien ficelés et si parfaitement dépeints qu'on a l'impression de les avoir en face de soi, les lieux sont décrits avec intelligence : on s'y croirait. Le tout mélangé à une bonne dose d'humour parfaitement anglais, cela donne des heures de plaisir littéraire intense ! C'est exactement tout ce que j'aime !
Un autre roman que je lirai après avoir fini Pas un mot à l'ambassadeur (qui est vraiment tordant), Charivari, l'a brouillée avec ses soeurs très portées par le nazisme : elle y fait une critique acerbe de la bonne société britannique où la montée du fascisme fait rage. 

Des romans à lire, à dévorer, pour changer un peu de genre, d'époque, de moeurs, de modes de vie, de point de vue... 

Et vous, quels romans vous touchent, cet été ?

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dimanche 24 juin 2012

Trishna

Je ne pouvais évidemment pas passer à côté de ce film, vous vous en doutez bien. Je l'ai vu hier et j'ai envie d'y retourner.
L'histoire, la voilà, mais pas de panique, je ne dévoile rien de ce qu'on peut voir dans la bande annonce. Trishna est une jeune paysanne rajasthani de 19 ans, qui travaille avec son père. Très belle, vive, intelligente, elle rencontre Jay, un jeune homme beau et fortuné qui tombe immédiatement sous son charme. Il lui propose un emploi comme serveuse dans son hôtel de luxe à Jaipur. Le salaire la convainc : cela permettra de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Jay parvient à la séduire, il deviennent amants et vivent une passion folle. Mais elle vient d'une basse caste, et la pression sociale est très forte. Oui, en Inde, sauf à Bombay dans certains milieux, il est impensable de vivre ensemble sans être mariés. Trishna renonce à sa famille et à ses rêves pour lui, mais la passion qui le dévore va contaminer ce couple fusionnel.

Freida Pinto, qu'on a découverte dans Slumdog Milionnaire, est sublime dans ce film : douce, gracieuse, divinement belle dans sa simplicité, est touchante dans ce rôle de femme soumise. Riz Ahmed est craquant et incernable dans le rôle de Jay : qui est ce prince qui tombe amoureux de la paysanne ? Est-il sincère ? Quelle est son histoire ? Que de questions que je me suis posées dès le début, qui ont trouvé des réponses au cours du film. J'étais déjà sous le charme de cet acteur lorsque j'ai vu Or Noir il y a quelques mois.

Enfin un film sur la condition des femmes indiennes aujourd'hui, sur la lutte des classes et la vie quotidienne en Inde, que ça soit à la ville, à l'usine, à la campagne ! Les hommes tout puissants, et les femmes soumises qui travaillent. On ne s'est pas embarrassé, comme dans Indian Palace, à nettoyer les rues de Jaipur et d'ailleurs. Non, on nous livre l'Inde en brut : sa saleté, sa pauvreté, la laideur de ses villes, la surpopulation, le comportement étrange des indiens avec les femmes, nous frappe de plein fouet. Mais on nous livre aussi la beauté de ses campagne, de ses couleurs, de ses enfants. Les lumières du film sont dorées, douces, et les couleurs vives chatoient et font rêver. La musique est très belle, et m'a fait beaucoup pensé à la BO de In the Mood for Love, que j'adore, et en rentrant j'ai vérifié : je ne me suis pas trompée, c'est le même compositeur ! J'ai retrouvé l'Inde, la vraie, avec ses dangers, ses nuits animées, ses transports infernaux, son vacarne incessant. J'en ai frissonné de plaisir et de crainte.

Je ne peux que recommander ce film, au moins pour ses images et sa bande son extraordinaire, puis pour les acteurs merveilleux qu'il rassemble, enfin pour la beauté des lieux (car on ne voit pas que les villes infâmes, mais aussi les palais du Rajasthan, les campagnes dans le coucher de soleil, les maisons typiques...). Et surtout, je le recommande pour l'histoire : elle permet une réflexion sur la condition des femmes, la lutte des castes, la passion amoureuse qui vampirise tout, sur la vie, celle qu'on se choisit.
J'ai découvert que ce film est une adaptation de Tess d'Urberville de Thomas Hardy : son roman se passe à la fin du XIXème siècle, et parle de la condition des femmes et des mœurs sexuelles. C'était il y a plus de 100 ans en Angleterre, et c'est l'actualité en Inde. Et rappelez vous de Coup de Foudre à Bollywood : c'est une adaptation d'Orgueil et Préjugés de Jane Austen : les mœurs sont les mêmes qu'alors.

Voilà une petite vidéo qui reprend quelques belles images du film, avec une chanson qui me transporte...

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dimanche 10 juin 2012

Je croyais détester la littérature nordique... mais ça c'était avant

Vous vous souvenez sans doute de mon acerbe critique de "Désolations" de David Vann. Ce livre porte extrêmement bien son titre. Je vais peut-être vous choquer mais ce livre est pour moi une insulte à la vie, l'amour, l'espoir. Tout est gratuitement sombre, méchant, aberrant. Bref, j'avais détesté, mais j'étais allée au bout, pour être certaine que je n'aimais pas. J'aurais dû écouter l'intuition que j'ai eue à la page 10. Je me suis donc un peu méfiée de la littérature nordique, sans toutefois m'y fermer complètement. Quand on m'a prêté "Petits suicides entre amis" d'Arto Paasilinna, j'ai doucement ri à la 4ème de couverture. Les 100 premières pages m'ont donné envie de pleurer d'indignation et d'ennui. Comment un auteur avec une idée si drôle peut-il écrire quelque chose de si pénible qui tourne en rond sans cesse ? J'ai arrêté, je n'en pouvais tout simplement plus. Puis j'ai lu Rosa Candida, grand succès de la jeune Audur Ava Òlafsdòttir, une islandaise. Ce livre aurait pu être extraordinaire, pour moi il n'a tout simplement jamais commencé. Plusieurs semaines après, je me demande encore quel est le message, l'histoire qu'a voulu raconter l'auteur.

Récemment, on m'a prêté une saga en trois volumes (quelle chance, chacun ne dépasse pas les 180 pages) de Herbjørg Wassmo : Le livre de Dina. Au XIXème siècle, on découvre la vie dans le Nordland, l'extrémité de la Norvège. La vie des fermes, des pêcheurs, des familles. Ca pourrait être passionnant, mais l'écriture est difficile (serait-ce un problème de traduction ?) Les phrases sont coupées, et la ponctuation scande le texte d'une façon dont on n'a vraiment pas l'habitude ("Alors elle s'arrêta et se mit tout contre l'animal. L'obligea, d'une main, à s'agenouiller comme un chameau. Et s'installa à califourchon sur le large dos noir. Le bruit des sabots. Le grincement des limons sur le gravier. Le souffle réconfortant du cheval. Le vent. Qui ne savait rien. N'avait rien vu. ") Sur quelques pages c'est sympa, ça change, mais sur 500 pages, on a envie de hurler. Cela parle de la vie de Dina, qui a tué sa mère à 5 ans et qui, depuis "est suivie par la mort". On ne comprend pas bien qui est cette Dina, on nous la présente tantôt comme une roturière, tantôt comme une femme qui sait tenir sa maison, tantôt comme un monstre, tantôt séduisante, tantôt laide... Je n'ai pas accroché, et j'ai encore une fois été déçue malgré la recommandation qu'on m'en avait faite.
Je sais qu'il s'agit certainement de beaucoup de travail, ces bouquins, mais je me dis que la mentalité nordique, la culture, l'histoire, doit être si éloignée de la nôtre que je ne suis pas capable d'apprécier leur littérature à sa juste valeur.

Jeudi, j'ai fait une descente à la Fnac, et je me suis lancée à acheter "Le mec de la tombe d'à-côté". Allez savoir pourquoi, le titre de ce livre m'a toujours fait horreur, j'imaginais une histoire morbide de gens morts qui flirtaient entre eux. N'importe quoi. Car l'histoire est tout autre : une jeune femme sans intérêt se recueille souvent sur la tombe de son mari, voisine de la tombe des parents d'un jeune homme à qui il manque 2 doigts et qui empeste la ferme. Ils se déteste car l'un est toujours à quand l'autre espérait de la tranquillité. Jusqu'au jour où un seul sourire les fera tomber raides dingues l'un de l'autre. Léger, extrêmement drôle, surprenant, bien écrit, ce livre me réconcilie avec ces auteurs qui m'avaient rendue aussi triste et désespérée que leurs congénères (pardonnez-moi, je mets tout le monde dans le même sac à tort, mais les pays nordiques sont connus pour avoir les taux de désespoir les plus élevés). On se retrouve dans la narration de l'un ou l'autre des deux personnages à chaque chapitre, ce qui aide à avoir divers points de vue sur les situations qu'on nous décrit à travers leurs yeux. J'ai ri à gorge déployée plusieurs fois, j'ai passé un bon bout de ma journée accrochée à ses pages et je l'aurai sans doute fini sous peu. Je le recommande chaudement, car c'est un bol d'air bien qu'il traite de sujets très graves à mon sens (quel sens donner à sa vie, quelle place donner à l'amour, au travail et plein d'autres choses mais je ne veux rien dévoiler). 

Je suis donc contente de cette pioche que je craignais ! Avez-vous lu ce livre de la Suédoise Katarina Mazetti ? Avez-vous aimé ? Que pensez-vous de la littérature nordique ? Avez-vous de bons titres à faire passer ?
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lundi 28 mai 2012

Une aventurière comme on n'en voit plus : Alexandra David-Néel... sur Arte !

En mars, on m'a invitée à assister à l'avant-première du dernier film de Joël Farges "J'irai au pays des neiges", qui raconte une des nombreuses aventures d'Alexandra David-Néel. Je n'avais encore jamais entendu parler de cette femme jusque-là. Inculte, suis-je ? Certainement. Cela ne m'a pas empêché d'être fascinée par ce film et de faire plus amples recherches sur cette femme d'exception qui a vécu 101 années bien remplies avant de s'éteindre en 1969. Terriblement attirée par la philosophie orientale et le bouddhisme, elle part en 1911 avec en tête de pénétrer au Tibet, alors Terre Interdite pour les Occidentaux. Accompagnée d'un jeune lama qui deviendra son fils adoptif, son voyage durera 14 ans, durant lesquels elle a découvert des lieux jusqu'alors inconnus et secrets de l’Himalaya. Le 28 février 1924, elle pénètre à Lhassa sous le déguisement d'une mendiante. Son incroyable parcours est rythmé par une correspondance ininterrompu avec son "mari compréhensif" qui est resté en France et l'attend. On trouve aujourd'hui les recueils de ces lettres, qui sont un beau témoignage de ce voyage initiatique. Elle a sillonné le globe, à la recherche de toujours plus de preuves, de découvertes, de beautés et de vérités sur la vie. A 99 ans, elle a fait renouveler son passeport, c'est pour dire...
Elle est une des véritables aventurières de notre temps, une femme en avance sur son temps, féministe et libre, un véritable modèle au caractère déterminé, prête à mourir à chaque instant, refusant les compromis et cherchant toujours plus, s'astreignant aux pires conditions de vie si cela doit lui permettre d'arriver à ses faims. Assoiffée de connaissances, rien ne doit être un obstacle : apprendre une langue, agir de façon culottée s'il le faut...

La véritable Alexandra
Le film "J'irai au pays des neiges" retrace son périple de 14 ans pour atteindre "les neiges éternelles" du Tibet. On commence en 1911 à Pondichéry. Les décors, les costumes, la lumière... tout est sublime. C'est Dominique Blanc qui incarne Alexandra David-Néel, et elle le fait à merveille avec son ton sec et tranché, sa voix grave et posée, son regard sincère et déterminé. On suit le personnage dans son entêtement à pénétrer les terres interdites, quoi qu'il lui en coûte. On voit cette ravissante bourgeoise troquer ses affaire pour des vêtements en peau, des bottes de fourrure, des porteurs, des laisser-passer. Elle est à la recherche de la Vérité, du Nirvana : comment l'atteindre ? Quelles techniques bouddhistes respecter ? Elle va suivre plusieurs "maîtres", qu'ils soient ermites, moines ou princes. La musique qui accompagne ce très beau film prend aux tripes, nous envoûte et nous entraine aux confins de l'Inde profonde du début du siècle, dans les replis cachés de l’Himalaya, et dans cette ville jusqu'alors inexplorée, le but de son voyage : Lhassa. Certes, c'est le but du voyage, mais pour elle "Ce n'est pas le but qui compte mais le chemin qui y mène".

J'ai eu la très grande chance de voir ce film au cinéma, dans une salle comble (il y avait des gens jusque sur les marches !) et dès les premiers instants j'ai été subjuguée par la beauté des images, le contenu des dialogues et des lettres, l'intelligence de cette femme d'exception dont j'ai acheté un des livres Voyage d'une parisienne à Lhassa récemment, et que j'ai hâte de lire.
Ce film repasse le 1er juin sur Arte, sans doute à 21h mais à vérifier. Je compte bien le revoir, moi qui n'ai pas de télévision, heureusement qu'Arte+7 existe !

J'espère que j'aurais donné envie à quelques uns de voir ce film, qui fait voyager tous les sens et fait beaucoup réfléchir au sens que l'on veut donner à son existence et aux moyens que l'on se donne pour y parvenir...
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dimanche 27 mai 2012

Un beau projet à suivre

Le train est un endroit hors du temps et de l'espace, on y fait peu de rencontres, on y est peu productifs, on est reclus dans sa coquille et on aime ça (je dis "on" mais je devrais dire "je"). Un collègue me disait récemment qu'il aimerait bien que le voyage dure le temps des vacances, car on ne se sentirait pas obligés de faire quoi que ce soit, on pourrait rester contemplatifs et vivre à son rythme : manger, dormir, lire, quand on en a envie. Personnellement, c'est ainsi que je passe mes vacances et mes week-end, voyage ou pas !
Mais parfois, c'est sympa de faire un peu mieux connaissance avec son voisin de trajet, qui a parfois des choses passionnantes à raconter. Ça m'est arrivé récemment, lors de mon voyage éclair à Toulouse fin avril. Le jeune homme assis a côté de moi, avant même que le train ne quitte Paris, avait déposé sur mes genoux un prospectus qui attire l'oeil et fait doucement sourire "Ça sera pour après, histoire d'avoir un sujet de discussion" m'a-t-il lancé. Et plus tard, il m'a raconté. Amoureux du théâtre, il a le projet de monter une pièce dont le titre reprend les mots de Mao Tse Tung : "Faire l'amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l'énergie". Le titre prête à sourire, surtout lorsqu'on connait l'histoire de la pièce, qui semble à 1000 km de ce titre. Et pourtant, elle traite du rapport à la vie, à la femme, à l'amour de trois flics désabusés par des années de service et d'uniforme. J'adorerais voir ce huis clos, mais malheureusement, il n'est pas encore monté.
Là est tout le beau projet de Malick GAYE, metteur en scène rêveur. Il cherche 68 000 personnes, qui donneraient gracieusement 1€ chacun, pour permettre le montage de la pièce. Mais plus que de l'argent, c'est du public que Malick souhaite rassembler et fédérer autour du projet qui le tient tant à coeur.  Il a tout : les acteurs, l'équipe, tout ce qui manque est un théâtre et un public. Ses yeux brillaient de mille étoiles lorsqu'il m'en a parlé, alors j'ai eu envie de vous partager ce beau projet, teinté d'humour et de simplicité.
C'est ici que vous en saurez plus !

Source image 1
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dimanche 13 mai 2012

L'antivoyage

Muriel Cerf pensait-elle réellement me dissuader de voyager en Asie avec son livre autobiographique ? Peut-être, mais elle n'a pas réussi son coup ! C'est Charlotte l'Insatiable qui m'a offert ce livre dans un petit colis attentionné qu'elle m'a envoyé. En 1970, à 20 ans, Muriel part à l'aventure, un sac sur le dos et quelques sous en poche, flanquée d'une copine qui partira sur sa propre route très peu de temps après leur arrivée en Inde. Partout où elle passe, il lui arrive des aventures : d'abord lors de l'escale nocturne en Égypte, où elle va rencontrer sa compagne de route, Coulino, puis à Bombay où elle va se retrouver dans les bordels et es bas-fonds les plus immondes, puis au Népal où elle va devenir une sorte de loque droguée, à Calcutta et au Sikkim où elle va avoir le droit par je ne sais quel miracle, d'assister à une cérémonie sacrée dans un temple retiré du Sikkim, et enfin en Thaïlande et à Singapour, où elle va clairement devenir la maîtresse d'un riche chinois qui la couvre de merveilles.

Il s'agissait peut-être là, pour Muriel Cerf, de faire des expériences limites, toujours border line, qui lui apporteraient des sensations fortes ? Elle s'est mise dans plus d'une situation dangereuse, que ce soit pour sa santé, sa sécurité, sa survie. Une gamine de 20 ans, droguée, qui pèse 35kg et sillonne les routes dans les années 1970, on ne donnerait pas cher de sa peau. Pourtant elle a survécu, malgré tous les dangers, tous les parasites. Pour elle "Partir, c'est mourir un peu", et c'est ce qu'on ressent à chaque page de son livre. Je ne sais pas si j'ai aimé ou non, l'écriture m'a parfois parue trop crue bien qu'elle ait écrit L'antivoyage à mon âge. Je n'ai pas pu m'identifier à elle, beaucoup trop hippie, beaucoup trop décalée par rapport à l'idée que je me fais d'un tel voyage, si je devais le vivre. Je n'aurais même pas l'idée de partir à ce point à l'aventure, sans ressources financières, sans protections. Se droguer dans un hôtel pourri avec des inconnus à la recherche du Nirvana n'est pas exactement mon idée du voyage initiatique, pas le mien en tout cas. Mais le livre est quand même intéressant, on ne peut que louer son courage, sa détermination, et la réussite d'avoir consigné ce voyage fou dans un livre qui prend aux tripes, qu'on ne peut lâcher qu'une fois terminé.

Est-ce que vous l'avez lu ?
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mardi 8 mai 2012

Vous reprendrez bien un peu d'Indian Palace ?

Bon, vous le savez bien je pense, vous qui me lisez depuis quelques temps : je suis une fan invétérée de l'Inde, et ce film ne pouvait pas mieux tomber. Nous sommes allés à quatre le voir hier soir, en avant-première (non, il n'y avait pas d'équipe du film, c'est juste qu'il sortait dans ce cinéma deux jours avant la sortie nationale). Je me demandais si ça allait être un film du genre Coup de Foudre à Bollywood, complètement factice et qui ne montre franchement pas l'Inde telle qu'elle est. Et bien j'ai été très agréablement surprise : certes on n'y a pas vu d'ordures, mais je trouve que tout était assez fidèle à la réalité. La musique était toujours très entrainante et il y avait une dynamique telle qu'on ne pouvait s'ennuyer deux minutes.

Mais place à l'histoire! Il s'agit de sept retraités bien anglais qui, chacun pour une raison différente, se rendent à Jaipur dans le Rajasthan, pour se retirer au Best Exotic Marigold Hotel, ce qu'ils pensent être une sorte de maison de retraite de luxe à des prix très abordables. Le "manager", gamin d'une petite vingtaine d'années, est complètement perché, obnubilé par le rêve de son père : faire de cet hôtel familial délabré un hôtel merveilleux.Ce jeune garçon est brillamment interprété par Dev Patel, qu'on avait adoré dans Slumdog Millionnaire.
Les nouveaux résidents, qui sont chacun touchants à leur manière, se rencontrent dans ce fouillis indien indescriptible. Tous ont leur personnalité bien trempée, leurs idées sur les choses : l'Inde n'est pas la même pour tout le monde ("Qu'est-ce que vous voyez en Inde que je ne vois pas ?"- "Tout") Des amitiés vont se créer, les caractères se révéler, les "cadavres dans le placard" vont ressurgir. On voit ce que peut devenir une vie lorsqu'on n'y a pas mis le soin de la rendre à l'image de ce qu'on est et ce qu'on désire. Le message serait-il de vivre notre vie sans attendre, pleinement et en conscience ?

J'ai trouvé à ce film un charme fou, tout était touchant : les acteurs, les situations, les images. Même si la salle a plusieurs fois hurlé de rire, c'est parce que c'est du bon humour bien anglais, un peu pince sans rire, j'adore. Plusieurs acteurs ont d'ailleurs été nominés ou récompensés aux oscars, et certains que je trouvais très antipathiques jusqu'à maintenant m'ont fait revoir un peu mon jugement.

En tout cas, la phrase que j'ai adorée et qui représente bien l'optimisme indien et qui peut devenir une belle philosophie de vie qui nous incite à toujours y croire :  "Tout est bien qui finira bien, et si ce n'est pas bien, c'est que ce n'est pas la fin"


Je n'ai pas envie d'en dire plus car cela vous dévoilerait des choses... pensez-vous aller le voir ?

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samedi 14 avril 2012

Je me suis enfin réconciliée avec Blanche Neige

J'ai toujours détesté Blanche Neige. Dans les contes parce qu'elle est tellement naïve que c'en est rageant, et ensuite dans le dessin animé, où elle m'agace au plus haut point. Je la trouve idiote, un peu sotte, terriblement peureuse, dotée d'une voix de crécelle horripilante. Pourtant, j'aime beaucoup de Disney "classiques" dont les princesses font chavirer mon âme d'enfant à chaque fois. Mais que se passe-t-il donc avec Blanche Neige, pas plus insupportable que la Belle au bois dormant par exemple ? Est-ce parce qu'on m'a très (trop) longtemps affublée de ce surnom dans les cours de récré et qu'encore aujourd'hui, certains trouvent drôle de faire la petite blague lorsqu'ils me rencontrent pour la première fois? (en général, il n'y a jamais de deuxième fois avec ces gens-là).

Aujourd'hui, je suis allé voir le Blanche Neige de Tarsem Singh, avec Julia Roberts dans le rôle de la méchante reine maléfique.  J'y suis allée avec mon frère, un peu par hasard. Et bien j'ai réussi à me réconcilier avec Blanche Neige. Hourra ! Finie, la petite fille insupportable, peureuse, qui hurle dans la forêt, qui se laisse sauver par un Prince qu'elle n'a jamais vu, qui est faible et irritante. Voilà une jeune femme courageuse, qui sort de son carcan d'enfant naïve pour prendre l'armure de la guerrière combattant pour la liberté et la justice. Voilà une héroïne, une vraie, qui refuse de se laisser sauver par un prince, ou par quiconque, mais au contraire, qui prend le taureau par les cornes et fait face à son destin avec courage et bravoure.

Le conte a été détourné d'une main de maître : on passe du rire à l'action, sans jamais tomber dans le pathos. La salle s'est plusieurs fois esclaffée pour une scène, une phrase, une situation, une mimique d'un des très bons acteurs... Les décors, les costumes, les images étaient de vrais tableaux vivants, presque fantastiques. C'était magique ! J'ai été entrainée dans un monde merveilleux d'un nouveau genre, où les héroïnes ne sont pas des peureuses planquée. Avec certains costumes, j'avais l'impression de me retrouver dans l'univers de Tim Burton mais en moins glauque, moins extrême. J'ai beaucoup aimé cette actrice que je ne connaissais pas, Lily Collins, qui est Blanche Neige.

Et je me suis rendue compte, avec un petit pincement au coeur, que nos actrice qu'on aimait tant en jeunes premières, en amoureuses transies, en belles princesses, deviennent les marâtres, les reines, les méchantes : Julia Roberts, bien que toujours très belle, n'est plus celle qu'on connaissait dans Coup de Foudre à Notting Hill...

Je n'ai pas envie d'en dire trop pour ne rien dévoiler de tous les ingrédients inattendus qui font de Blanche Neige un très bon film, surprenant, drôle, qui réveille l'imagination. Allez le voir si vous souhaitez passer un bon moment !

Et vous, Blanche Neige, vous en pensez quoi ? Est-elle réellement horripilante ?

Voilà la bande annonce pour vous préparer un peu ...
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jeudi 23 février 2012

Room - le meilleur livre que j'ai lu en 2012

On n'a même pas fini le mois de février, et pourtant j'ai déjà lu quelques pavés, et d'autres livres moins conséquents : Fin de Chapitre, de J.Galsworthy, Les aventures d'Arthur Gordon Pym, d'Edgar Poe, Le Sari Rose de J. Moro, Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal, La mise à nu des époux Ransome, d'Allan Bennett et Le Premier été d'Anne Percin. J'ai adoré Le Sari Rose, j'en parlais d'ailleurs ici et là.
Et dimanche soir, j'ai commencé Room d'Emma Donoghue, que Fleur De Menthe m'avait prêté car j'avais aimé sa critique ici.  Dès les 3 premières phrases, mes mains se sont accrochées aux pages et n'en décollaient que très difficilement pour dormir ou travailler. Je n'ai pas vu les 400 pages passer : un pur délice de lecture. Pourtant, l'histoire n'est pas très joyeuse, mais la narration la rend haletante, prégnante.

Le narrateur est un petit garçon de 5 ans, vif, intelligent, qui sait lire et écrire. Il est très créatif, et vit dans un univers particulier : il croit que le monde du vivant ne se réduit qu'aux 9m2 dans lesquels il vit avec sa maman depuis sa naissance. Le monde extérieur n'existe pas, Madame Télé montre la vie sur d'autres planètes auxquelles ils n'ont pas accès. Il ne s'agit pas de divagations de la part d'une maman un peu folle, ou de l'imaginaire d'un enfant qui connait Alice Aux Pays des Merveilles de Lewis Caroll par coeur. Non. Ils sont enfermés, séquestrés dans une "Room" aux murs, sol, plafond, lucarne insonorisés et infranchissables. Aucune possibilité de sortir, "Grand Méchant Nick" ne le permet pas. Mais que se passe-t-il quand s'évader est une question de vie ou de mort ?

Je me suis laissée absorbée par cette histoire à la narration inhabituelle. Pendant trois jours, je mesurais moins d'un mètre, je prenais encore mon "Doudou-Lait" et je dessinait en sachant qu'il faut économiser les crayons de couleur parce que sinon, on n'en aura plus, qu'il faut compter les céréales le matin pour faire durer le paquet le plus longtemps possible. J'ai été émue aux larmes, j'ai pas mal ri aussi. L'auteur parvient avec un grand talent à faire vivre ses personnages dans cet univers glauque et pourtant jamais immonde, ni larmoyant, ni infâme.

Une seule déception : il est déjà fini... j'aimerais recommencer à la première page, mais mon amoureux s'y est plongé au moment où je lisais la dernière ligne !

L'avez-vous lu ?  En avez-vous entendu parler ? En voyant la jaquette à la Fnac, j'avais été séduite mais je l'avais reposé : la 4ème de couverture ne me faisait pas envie. Pourtant, si vous enlevez la sur-couverture, vous verrez ça, et là, ça devient intéressant, on sent l'histoire qui palpite, qui veut être lue...
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lundi 6 février 2012

Deux semaines en Inde avec le Sari Rose

Tout a commencé il y a deux semaines, je vous racontais ici mes impressions au début de ma lecture. Vous pouvez aller le lire, parce que ce que j'y dis n'est pas répété dans cet article-ci : ils se complètent. Mes impressions ont beaucoup évoluées depuis.
Je m'attendais à une histoire d'amour passionnée, un roman à l'eau de rose, et au lieu de cela, j'ai eu l'immense plaisir de trouver là un livre retraçant l'histoire de l'Inde depuis les années 1970 sous l'angle politique. On m'aurait dit ça avant de le lire, ça ne m'aurait pas forcément emballée. Et pourtant, j'ai été subjuguée. Dès le début du livre, l'auteur nous plonge dans la tristesse, le danger, la violence qui entoure la famille des Nehru-Gandhi, la plus célèbre de l'Inde, héritière spirituelle du Mahatma Gandhi et héritière de sang de Jawaharlal Nehru, la grande figure de l'Indépendance de l'Inde. Rajiv, l'époux de Sonia Gandhi, à la veille de la fin des élections, alors qu'il allait sans doute devenir Premier Ministre de l'Inde, vient de mourir lors d'un attentat-suicide d'une fanatique pendant un meeting. Sonia est dévastée, et on ne peut s'empêcher de prendre d'affection ce personnage qu'on nous présente de façon brusque, brutale, qu'on ne connait que de nom, vaguement. Et pourtant, cette femme est l'une des plus puissantes du monde aujourd'hui. Sonia Gandhi est italienne de naissance, mais indienne de cœur. Lorsqu'elle a épousé Rajiv par amour, elle a accepté de respecter la tradition indienne qui offusquerait plus d'une occidentale : la mariée entre dans la famille de son époux, elle vit avec ses beaux-parents, se conforme à leurs désirs (jusqu'au choix du nom de ses enfants). Et elle n'a pas épousé une famille ordinaire, mais la famille la plus célèbre, celle qui donne de l'espoir à des millions de paysans dans les contrées les plus reculées du pays.

On apprend les origines de certains massacres qui sont vaguement venus nous toucher, dans un journal de 20h un jour, mais qui ont profondément meurtris les populations et ont détruit le patrimoine séculaire du pays : "la vie humaine en ce moment n'a plus aucune importance : ce qui compte en ce moment est d'en finir avec les symboles du voisin musulman (...) en un seul après-midi, un monument qui avait été le témoin d'innombrables convulsions de l'histoire, qui avait supporté les pluies battantes de plus de quatre cents moussons, est réduit à l'état de décombres par la fureur de quelques fanatiques." 

J'ai été blessée par ces massacres, scandalisée par les inégalités et les injustices, outrée par la soif de pouvoir des plus hauts dignitaires, des plus hauts dirigeants de ce pays. J'ai été entraînée auprès d'Indira et des siens pour prendre des décisions difficiles, pour déclarer un état de guerre, pour prendre des mesures drastiques afin de sortir le pays de sa tradition sclérosée.
J'ai découvert à quel point il pouvait être dangereux de vivre quand on s'appelle Gandhi. Rajiv disait à ses enfants : "Vous devez apprendre à vivre en sachant qu'un jour nous devons tous mourir", en faisant référence à sa mère Indira, menacée de mort par des extrémistes. De même, Indira disait à son autre fils Sanjay : "Souviens-toi, tout ce qui fait mal rend plus fort. Beaucoup de gens ne la supportent pas, mais un petit nombre de gens grandissent dans la souffrance. Sois fort dans ton corps et dans ton âme et apprends l'endurance". Des gens sages, qui se sont dévoués à une cause qui leur paraissait juste : sortir l'Inde de sa misère, la hisser sur la scène internationale. En plus d'être sage, cette famille est humble, bienveillante, et aime profondément le peuple. 

J'ai ressenti, à chaque mot, l'âme de l'Inde, celle que j'avais sentie en y allant en mai dernier. Cette impression d'y avoir toujours vécu. Cette âme qui est si attirante, si profondément humaine et belle, empathique, dévouée, aimante. J'ai retrouvé les visages creusés mais souriants, pleins d'espoirs. Les couleurs, les odeurs aussi. J'ai vu l'Inde à travers les yeux de ceux qui ont donné leur vie pour elle, sacrifiant leur confort, sacrifiant leur bonheur. Ainsi, quand Sonia essaye d'empêcher son mari Rajiv d'entrer en politique selon le désir d'Indira, elle sait bien que : "Quel poids pouvait avoir le bien-être bourgeois d'un couple et de ses deux enfants comparé au destin d'une contrée immense comme l'Inde ? Ces forces puisaient dans la longue histoire de la nation, elles oeuvraient au nom d'une population de plus de sept cents millions de personnes."

Des proportions gigantesques, des conditions de vie extrêmes, et pourtant, de la beauté. Voici un passage qui m'a beaucoup touchée : "On était au cœur de l'Inde éternelle, celle qui envahissait les ruelles autour de la Grande Mosquée, avec ses étals de vêtements bigarrés, ses marchands de fruits, de gâteaux, de lanternes, de piles électriques, ses cireurs de chaussures, ses coiffeurs en pleine rue, ses ateliers sombres où des enfants tissaient des tapis ou fabriquaient des instruments de précision... une explosion de vie, un chaos exotique et tapageur, un tourbillon de bruits, de couleurs et d'odeurs qui grisaient Sonia (...) pour rappeler combien l'Inde était un vieux pays. Nehru ne l'avait-il pas décrite comme 'un antique palimpseste où des couches conjointes de pensées et de rêveries ont laissé leur marque sans que personne ait pu les effacer ou occulter ce qui avait été inscrit en premier lieu'". 

Faire une critique de ce livre m'est très difficile, car je n'ai pas encore réussi à mettre des mots sur toutes ces vagues de sentiments qui m'ont submergée en permanence. J'ai adoré ce livre, parce que j'ai reconnu les lieux, j'ai retrouvé des choses que je croyais enfouies dans la mémoire de mon cœur. Mais tout est encore vif, pur, brut, comme lorsque je mettais le pied à New Delhi pour la première fois. Je me suis retrouvée avec cette part de moi que j'ai laissée en Inde. De la magie.

L'avez-vous lu ? Je serais curieuse et très intéressée de recueillir vos témoignages...même si vous ne l'avez pas lu : vous fait-il envie ? Pourquoi ?
Ici vous trouverez mon autre article à ce sujet.

J'ai lu ce livre en même temps que DouceurLittéraire, dont vous trouverez le témoignage sur son blog.
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jeudi 1 décembre 2011

Et si on allait voir....


Le beau Mark Strong, ennemi d'Antonio Banderas
Or Noir : Deux souverains arabes se battent pour un bout de terre qui sépare leurs deux régions : le Corridor Jaune. Comme alternative au conflit armé, ils font de ce territoire un no man’s land, et pour sceller le pacte qu’ils ont fait de ne pas tenter de s’approprier cette terre, le Sultan Amar confie ses deux fils au roi ennemi Nesib, qui va les élever avec ses propres enfants.
Le temps passe et la paix règne sur les deux royaumes, jusqu’au jour où une compagnie pétrolière découvre des gisements de pétrole d’une qualité rare…dans les sols du Corridor Jaune. Amar, attaché aux traditions et à sa parole donnée 15 ans plus tôt, refuse l’offre des Américains. Nesib, moins rebuté par le progrès et souhaitant sortir son peuple de la misère, rompt le pacte. Le conflit n’est souhaité par aucun des rois, et pourtant il s’amorce peu à peu.
Le film est imprégné de religion : aucune décision ne se fait sans consulter le Coran, et toutes les pensées sont tournées vers Allah. Les interprétations coraniques divergent souvent en fonction des besoins, des problématiques qu’il leur faut résoudre. Il n’y a pas de véritable méchant, ce qui est très rare et bien appréciable. Nous sommes simplement face à deux rois qui ont chacun leurs préoccupations : l’un de conserver intacte la tradition et le mode de vie et de penser de ses ancêtres. Amar, certes conservateur, est très sage et profondément pacifique. Pour sa part, Nesib s’inquiète de la pauvreté de son peuple et de la progression du choléra qui le décime peu à peu. On voit de quelle façon les femmes sont jalousement gardées dans les harems ,, les images sont puissantes : elles sont cloîtrées dès la puberté et ne sortent jamais sans leur burqa. Elles ne peuvent se montrer qu’à leur père ou leur mari. Je n’en dis pas plus, ceux qui verront le film comprendront de quelle scène je parle lorsqu’ils la verront.
Ce film, qui se passe dans les années 1930 dans la péninsule arabique, nous montre de façon brillante le choc des cultures qui a eu lieu à l’époque entre l’Orient et l’Occident. Un peuple, d’une part, ancré dans ses traditions et ses croyances confronté à l’image d’un autre à la recherche de toujours plus de modernité, d’argent et de confort. Ces contrastes sont très forts : voir des guerriers à dos de chameaux se battre contre des blindés en plein désert est une vision plus qu’étonnante.
Les personnages sont tous fondamentalement humains, avec leurs caractères, leurs faiblesses. Un héros imprévu va littéralement s’épanouir sous nos yeux : le fils cadet d’Amar, un rat de bibliothèque un peu grassouillet et très effacé, dans l’ombre de son imposant frère héritier. Il va devenir celui qui incarnera le pacifisme, même si cela se fera dans le sang du combat. Il prend à bras le corps son destin, et se lance dans son « voyage initiatique » de la conquête de soi, reprenant à mon sens les étapes de l’archétype du « Voyage du héros », mis en avant par l’anthropologue Josef Cambell il y a 50 ans, que je trouve passionnant. (On en parle bien mieux que moi ici ).
Auda n’est pas préparé aux combats, aux tactiques stratégiques de guerre, aux discours mais pourtant, il va parvenir à rallier toutes les tribus nomades grâce à sa foi profonde en la paix et la justice en partageant sa conviction qui l’anime et qui est devenue vitale pour sauver les peuples. J’ai trouvé la symbolique très forte : Nesib avait tenté d’acheter les chefs de ces tribus, en leur offrant de somptueux présents (fruits du commerce pétrolier) mais comme il est dit à plusieurs reprises : « un objet qui est monayable n’a aucune valeur ». Lorsque ces chefs se retrouvent face à Auda, ils sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour cette cause.
Le film a un rythme halletant, on est plongé dedans dès le début. Tout est très clair : les relations entre chaque peuple et les enjeux que représente le Corridor Jaune. On voit la vie dans les cités mais aussi dans le désert, on prend mieux la mesure de ce que peut-être une goutte d’eau pour la survie d’un homme. On est pris aux tripes, du début à l’extrême fin. J’ai appris en sortant qu’il s’agissait d’une adaptation d’un roman : pour moi il s’agit-là d’un réel chef d’œuvre. Les lumières et la musique nous emportent aux côtés des voyageurs, des guerriers, dans leurs chevauchées sauvages à travers le désert. Rien n’est trop rapide et aucune scène n’est trop longue : Jean-Jacques Annaud m’a fait voyager pendant 2h10. Je me suis sentie une princesse orientale, reine de Saba, à la peau satinée comme la ravissante Freida Pinto, qu'on admirait dans Slumdog Millionnaire.
Une drôle de chose : un film français qui se passe en arabie, filmé en Tunisie, produit par des Qatars, joué principalement par un andalou, un lorain, un londonnien, une indienne de Bombay…
 Source images : diverses : Allociné et google
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jeudi 24 novembre 2011

Où lire en paix en hiver ?

En été, c'est génial parce que lorsqu'on est dans une ville, on peut lire dans les parcs, les jardins publics, les terrasses de café. Si on est à la plage ou à la campagne, alors on est aux anges : il est possible de dévorer des bouquins absolument partout ! Mais en hiver, c'est plus problématique. Certes, on peut rester chez soi pelotonné sur le canapé, enroulé dans une couverture. Mais parfois, on a envie de changer d'air, de décors, et puis si on vit avec quelqu'un, on peut avoir envie tout simplement de s'isoler avec un bouquin sans être dérangée par l'autre ou par le chat qui vous grimpe dessus sans arrêt. Mais où aller ? Lorsque j'habitais à Toulouse, il faisait assez bon pour que je m'installe pendant deux heures au soleil, sur un banc dans le parc derrière chez moi, tel un tournesol recherchant la chaleur des rayons sur mon visage dans la fraîcheur de l'air. Mais si je fais ça à Paris, je me transforme en Princesse de Glace au bout de trois pages. Alors ce que je fais, maintenant, c'est que je vais dans des salons de thé. J'y allais aussi avant, mais dorénavant j'y vais avec l'objectif d'y passer l'après-midi et de lire tout mon soul pour rentrer chez moi fraîche et sereine. Il m'arrive aussi de ne pas être sauvage et d'emmener mes amis partager un thé et une gourmandise dans un endroit chaleureux, bien sûr !

Ces endroits, il faut les dénicher. J'en ai adopté un dont m'avait parlé Magic Alice cet été. En plein cœur de Paris, près de Notre-Dame et de Gibert Jeune : le Tea Caddy, rue Saint-Julien-Le-Pauvre. Entrez là, et vous serez plongés dans une ambiance et un univers typiquement british. Normal : le lieu a été fondé en 1928 par une Anglaise qui voulait sans doute retrouver le charme britannique à Paris. Tout y est : des boiseries sombres qui donnent une atmosphère feutrée grâce aux petites lampes aux abat-jours diffusant une lumière chaude aux vitraux anciens, en passant par un petit mobilier en bois très confortable. Passez la grosse porte ancienne et demandez si la petite table tout de suite à gauche est libre. Installez-vous sur la banquette qui tourne le dos à la rue mais qui vous placera de sorte que vous pourrez vous délecter à loisir de ce joli décor.

Commandez un thé à votre convenance, ils sont tous très bons et parfumés. Demandez aussi des Scones du Devon, vous ne serez pas déçus un instant, croyez moi.
La salle n'est pas bruyante : les buveurs de thé dégustent et parlent en chuchotant, ce qui est bien agréable quand on voit le bruit qu'il y a des les cafés de nos jours, avec la musique toujours trop forte.

Le service est rapide, efficace et aimable : on vous apportera votre commande dans de la jolie vaisselle ancienne et, non, vous ne rêvez pas : on vous apporte bien un pot d'eau chaude pour remplir à nouveau votre jolie petite théière colorée une fois la première tasse bue ! D'habitude, il faut redemander au moins deux fois, et souvent, on vous facture un pot d'eau à peine chaude. Là, c'est parfait.

Les Scones du Devon sont absolument délicieux : faits maison (tout comme les confitures), ils ont été préparés pour nous, avec amour, cela se sent bien, ainsi qu’avec de la Clotted Cream légère et crémeuse comme il faut, et de la confiture de fraise maison qui vous ravira les papilles.
Et là, tout est parfait : vous pouvez lire dans cet endroit chaleureux et discret, recommandant du thé si besoin, aussi longtemps que vous le souhaitez (enfin, ils ferment tout de même à 19h), selon vos envies. On pourrait y passer des week-ends entiers tellement c'est agréable. J'avoue que lorsque je vais à Londres, je cherche presque désespérément ce genre d'endroit et je n'en ai toujours pas trouvé : peut-être faut-il aller dans la campagne anglaise pour dénicher une ambiance pareille, ou se pourrait-il finalement que les salons de thé british ne soient qu'une invention qui n'existe pas en Angleterre ?

Bien entendu, si vous n'aimez ni le thé ni les Scones, vous pouvez toujours aller vous y réfugier pour lire, et je suis sûre que vous trouverez quelque chose à vous mettre sous la dent qui sera très bon !

Source images : Weheartit, Tea Caddy, Goosta
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jeudi 17 novembre 2011

Sortie théâtre : Diplomatie

André Dussolier et moi, c'est une grande histoire d'amour. Non pas que ce soit mon idole comme acteur : il est certes très bon à l'écran, mais ce que j'aime le plus, c'est sa voix. Dussolier, il me raconte des histoires. C'est au son de sa voix profonde, caverneuse, un tantinet impertinente et malicieuse, que j'ai vogué dans le monde d'Eugénie Grandet de Balzac, que j'ai découvert les mots terribles de Kafka dans sa Lettre au Père, et surtout, que j'ai découvert Proust.
Et cette voix qui m'entraîne dans le monde des lettres, je l'ai entendue en vrai vendredi dernier.

Je suis allée voir Diplomatie au théâtre de la Madeleine avec mon Prince. J'ai découvert avec surprise que Paris avait faillit être détruit le 25 août 1944, lorsque tout semblait perdu pour les Allemands et que les Alliés arrivaient pour délivrer Paris de leur joug. Dietrich von Choltitz, gouverneur du Grand Paris, n'exécuta pas l'ordre d'Hitler de réduire à un tas de fumée la plus belle capitale du monde. Pourquoi ce militaire nazi, si fidèle, a-t-il dérogé à son devoir ? Est-ce sa rencontre avec Raoul Nordling, l'ambassadeur de Suède à Paris, qui l'aurait fait changer d'avis ?
Cette discussion houleuse sort de l'imaginaire de Cyril Gely, très bien mise en scène par Stephan Meldegg.
C'est Niels Arestrup, que l'on avait vu cet été dans Tu seras mon fils qui incarne à merveille, avec un soupçon d'accent allemand, ce militaire fatigué, épuisé, tiraillé entre son devoir d'obéissance, son éducation militaire et religieuse, et sa morale citoyenne, sa conscience d'homme, de mari et de père de famille. Il est poitrinaire, se déplace avec difficulté : il est las de tout. L'espoir a quitté cet homme au regard vide. La peur et l'indécision le tenaillent du début à la fin, ne l'empêchant pourtant pas d'avoir des répliques acerbes et tranchantes envers ce petit diplomate qui se croit tout permis, interprété par le brillant André Dussolier.
Son apparition inattendue et spectaculaire m'a fait bondir : lorsqu'il a ouvert la bouche et que j'ai reconnue la voix, plus rien ne comptait. L'histoire me captivait déjà, mais alors à partir de là, peu importait que je sois plutôt mal assise dans ces chaises hautes de "la corbeille", et peu importait que je dû me pencher pour voir un petit coin de la scène.
J'ai beaucoup ri, parfois frissonné. Les répliques, quand ce n'étaient pas celles, cinglantes, du général, étaient celles, malicieuses et dites avec une fausse gaucherie, du diplomate, ce qui rendait le personnage si réel qu'on ne pouvait que s'esclaffer devant un jeu d'acteurs si bon.
Tout au long de la pièce, par divers jeux de manipulation, le diplomate va faire peu à peu flancher la détermination du général, il va inoculer en lui le doute, qui va faire chanceler le destin tragique de Paris.

Concernant le théâtre de la Madeleine, je l'ai découvert avec grand plaisir. Les espaces sont beaux, le parquet est brillant et bien ciré, les sièges d'un velours rouge sombre comme on peut s'y attendre. Si vous furetez un peu, vous vous retrouverez dans une jolie pièce de réception, pour les entracte ou les "after". Aux belles dimensions, avec lustres en cristal, dorures et boiseries d'un vert anis tirant sur le vert amande : c'est une pièce tout à fait délicieuse. Par contre, ne vous faites pas d'illusions :  vous n'échapperez pas à l'ouvreuse qui, même si trouvez votre place tout seul, vous interpellera depuis l'autre bout du théâtre, vous faisant regretter votre audace d'avoir voulu vous installer trop vite. Asseyez-vous quand même, elle reviendra arborant un sourire de vierge effarouchée avec, comme disait Proust : "Une main honteuse, mais tendue."
N'ayez pas non plus l'audace de vouloir aller aux toilettes : on vous taxera à tous les coups. Sauf bien sûr, si innocemment vous y allez sans sac ni manteau. Là-bas, soyez pragmatiques.

Un très beau jeu d'écriture, aucun mot n'est de trop ; et ces deux très bons acteurs font de la pièce un incontournable de cet automne. Courrez prendre vos places, elles se font de plus en plus rares !

Diplomatie, au théâtre de la Madeleine, jusqu'au 31 décembre 2011
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